Image partiellement générée par IA. Dans cette série, chaque « après » est signalé comme tel : les zones ajoutées n’ont jamais été photographiées.
Bienvenue dans « Exemples de retouches IA », notre nouvelle série d’avant / après commentés. Le principe est simple : une photo du club, un problème concret, une retouche photo IA, puis une analyse sans complaisance de ce qui fonctionne et de ce qui cloche. Premier cas : un cadrage trop serré, corrigé par une extension du cadre (on parle aussi d’outpainting ou d’agrandissement génératif). Faites glisser le curseur pour comparer.


APRÈS · IA – recadrage étendu et partie manquante générée par IA – © Rédaction NOBLIONS – Le Club
La photo de départ
La scène a tout pour plaire : une photographe voilée, assise sur un chameau, appareil reflex en main, regarde hors champ vers la droite. Derrière elle, un désert de dunes dorées file jusqu’à l’horizon, sous un ciel strié de nuages que le soleil couchant embrase de cuivre et d’orange. Le chèche beige, le voile qui protège le bas du visage, la couverture de selle tissée de motifs rouges et noirs : la palette est cohérente, chaude, presque monochrome, et la lumière rasante sculpte chaque relief du sable.
Le fichier d’origine mesure 1168 × 784 pixels, soit un rapport proche du 3:2 classique. La photographe occupe le tiers central gauche, le chameau remplit tout le quart inférieur gauche, et la ligne d’horizon se situe à peu près aux deux cinquièmes de la hauteur.
Ce qui n’allait pas
Le défaut saute aux yeux dès qu’on regarde le bord gauche : le museau du chameau touche le cadre et se fait couper. L’œil, l’oreille et le haut de la tête sont visibles, mais l’extrémité des naseaux, une partie du licol et les cordes qui pendent sous la mâchoire sortent de l’image. C’est l’un des pièges les plus classiques de la photo animalière ou de portrait : couper un sujet au niveau d’une articulation ou d’une extrémité donne une impression d’accident plutôt que de choix.
Un cadrage qui étouffe le sujet
Au-delà de la coupe, le cadrage manque d’air. Le chameau regarde vers la gauche, donc vers le bord le plus proche : il n’a aucun espace devant lui, alors que la règle veut qu’on laisse de la place dans la direction du regard ou du mouvement (voir notre article sur la règle des tiers expliquée simplement). Le format 3:2 limite aussi l’effet panoramique que l’immensité du désert appelle naturellement. Résultat : une image belle, mais un peu tassée.
Ce que l’IA a fait (et ce qu’elle a inventé)
La demande était claire : élargir l’image au format 16:9 et compléter la partie coupée du chameau, sans toucher au sujet. Le fichier « après » mesure 1792 × 1008 pixels. En superposant les deux versions, on constate que la photo d’origine occupe environ 84 % de la largeur du nouveau cadre, sur toute sa hauteur : l’outil a ajouté une bande d’environ 11 % à gauche et d’environ 5 % à droite. Le haut et le bas n’ont pratiquement pas bougé.
Les zones générées
- Le bout du museau et les naseaux du chameau, absents de la photo d’origine.
- Le licol complet : la boucle autour du nez et les cordes tressées qui pendent, avec un pompon et un petit ornement ajoutés à gauche.
- Une bande de dunes et de ciel à gauche, qui laisse enfin de l’espace devant le regard de l’animal.
- Une fine bande de dunes à droite, avec un léger assombrissement en bas à droite qui fait office de vignetage.
Soyons transparents : ces éléments sont imaginés, pas restitués. L’IA n’a aucun moyen de savoir à quoi ressemblait réellement le museau de ce chameau ce soir-là ; elle a produit une version plausible, statistiquement cohérente avec le reste de l’image. C’est une illustration, pas un document.
Une image entièrement « relue »
Autre constat, moins visible : la partie d’origine n’est pas strictement identique. En comparant au zoom, la texture de la laine du chameau, le tissage du voile et le contour des yeux paraissent plus nets et plus contrastés dans la version « après ». L’outil a donc régénéré ou réinterprété l’image entière, et pas seulement collé de nouveaux pixels sur les bords. C’est fréquent avec les outils d’IA générative grand public, et c’est un point à connaître si l’on tient à garder le grain exact de son fichier.


Analyse du rendu
Les réussites
- La composition respire. Le chameau a désormais de l’espace devant lui, la photographe se rapproche du tiers gauche et le regard du spectateur circule de la tête de l’animal vers l’appareil photo, puis vers le soleil couchant.
- La lumière est cohérente. Le contre-jour orangé, la direction des ombres sur les dunes et la teinte du ciel se prolongent sans rupture visible.
- Le raccord est invisible à l’œil nu : aucune couture verticale, aucune différence de dégradé dans le ciel.
- Le format 16:9 sert la sensation d’immensité et convient mieux à une bannière, une couverture de vidéo ou un écran.
Les points de vigilance
- Les cordes et le licol. C’est le premier endroit où regarder : les cordes générées doivent avoir un tressage régulier, une épaisseur constante et une logique d’attache crédible. Ici, le petit ornement ajouté à gauche est vraisemblable, mais il n’existait pas.
- Les textures. Le pelage du museau est plus « croustillant » que dans l’original, avec un micro-contraste qui frôle l’effet d’accentuation excessive. Un spectateur attentif peut le percevoir comme artificiel.
- L’anatomie. Narines, lèvres, symétrie de la tête : l’IA peut proposer des formes plausibles mais inexactes. Comparez avec des photos réelles de dromadaires.
- Les tissus. Les plis du voile et le motif de la couverture de selle doivent rester continus ; un motif qui se répète ou se dédouble trahit la génération.
- Le grain. Un bruit plus lisse dans les zones ajoutées que dans la photo d’origine est un indice classique. Ajouter un grain léger et uniforme sur toute l’image aide à homogénéiser.
Pour le vocabulaire (micro-contraste, vignetage, accentuation, format), notre glossaire photo détaille chaque terme.
Méthode pas à pas pour agrandir le cadre avec l’IA
La démarche est la même avec la plupart des outils d’édition d’image par IA, qu’ils soient intégrés à un logiciel de retouche ou accessibles en ligne.
- Partez du meilleur fichier possible : la pleine définition, sans compression supplémentaire. Faites d’abord vos réglages de base (exposition, balance des blancs) si besoin, voir nos 5 retouches de base.
- Choisissez le format cible avant de générer (16:9, 4:5, carré…) et décidez de quel côté ajouter de l’espace. Agrandir surtout du côté où le sujet regarde est souvent le plus naturel.
- Rédigez un prompt descriptif et sobre, par exemple : « Élargis l’image au format 16:9. Complète la tête du chameau coupée à gauche (museau, naseaux, licol en corde tressée). Prolonge les dunes et le ciel au coucher du soleil, même lumière, même grain. Ne modifie pas la femme ni l’appareil photo. »
- Générez plusieurs variantes et comparez-les à 100 %. Gardez celle dont l’anatomie et les cordes sont les plus crédibles plutôt que la plus spectaculaire.
- Inspectez les artefacts zone par zone : cordes, poils, mains, tissus, horizon, symétrie. Corrigez localement si votre outil le permet (régénération d’une sélection, retouche manuelle, tampon).
- Harmonisez : un étalonnage final commun (courbe légère, teinte, grain) sur l’image entière fond les zones générées dans le reste.
- Exportez et étiquetez : conservez l’original intact, nommez clairement le fichier retouché et mentionnez l’usage de l’IA dans la légende.
Outil utilisé : Grok.
Éthique et transparence
L’extension de cadre est une retouche de création, pas une correction technique. Elle ajoute de l’information qui n’a jamais existé devant l’objectif. Au club, la règle est donc simple :
- Toute image dont une partie est générée par IA est signalée dans sa légende (ici : « partie manquante générée par IA »).
- Elle n’est jamais présentée comme une photo documentaire ou de reportage, ni proposée dans un concours qui exige des images non retouchées.
- Dans la galerie du club, les images modifiées par IA sont identifiées comme telles et l’original doit pouvoir être montré sur demande.
- Les droits restent ceux de la photo d’origine : on n’étend que ses propres images, ou celles dont on a l’accord de l’auteur.
Pour aller plus loin sur ces questions, relisez notre dossier IA générative et photographie : ce qui change.
À vous de jouer
Vous avez une photo au cadrage trop serré, un sujet coupé, un horizon trop proche du bord ? Tentez l’expérience, puis envoyez-nous l’original et le résultat, avec une ligne sur ce que vous avez demandé à l’outil. Les meilleurs cas rejoindront cette série, et vous pouvez aussi soumettre vos images à la rubrique Critique photo pour un retour détaillé de la rédaction. Retrouvez tous nos articles dans Le Mag et la série complète sur la page Retouches IA : avant / après.




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